Structuration du secteur médico-social

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Historiquement dominé par les acteurs associatifs, le champ organisationnel du secteur du handicap s’est profondément modifié ces dernières années, avec une intensification des logiques concurrentielles et le développement d’une conception managériale du contrôle.

Auteurs :
Jean-Pierre Claveranne, Magali Robelet, David Piovesan, Benoit Cret, Guillaume Jaubert, Nicolas Guilhot
Porteurs de projet :
Jean-Pierre Claveranne

Les équipements du secteur du handicap sont gérés en France par des acteurs associatifs qui représentent les trois quarts des opérateurs. Essentiellement financées par des fonds publics, ces organisations privées agissent selon des règles propres au secteur. Mais l’introduction des appels à projets (loi HPST de 2009) cristallise les débats sur la création d’un « marché du handicap » et l’instauration d’une logique concurrentielle entre les associations. Prenant de la distance à l’égard de ces débats, l’objectif de cette recherche était de proposer une analyse des processus de transformation des comportements économiques des associations dans le secteur du handicap, considéré comme un champ organisationnel. Adoptant une approche longitudinale à l’aide d’une part d’une enquête sur les données de l’évolution de l’équipement dans deux départements de la région Rhône-Alpes depuis les années quarante et d’autre part d’une enquête par entretiens auprès d’une soixantaine d’acteurs du champ, cette recherche a mis en évidence trois résultats :

  • les luttes concurrentielles existent depuis la création du secteur, mais leur forme évolue. D’une part, elles s’intensifient : les opérateurs associatifs s’implantent sur des territoires concurrentiels déjà occupés alors que des ententes implicites protégeaient ces derniers de toute nouvelle intrusion. D’autre part, de nouvelles stratégies de lutte concurrentielle émergent : actions sur les coûts, sur la qualité, prise de contrôle directe sur d’autres opérateurs dans le cadre de fusions-acquisitions... ;
  • ces nouvelles formes de luttes économiques se diffusent, car elles sont soutenues par une nouvelle conception de contrôle « managériale » en émergence qui valorise les comportements de recherche d’efficience, de rationalisation et de rapprochement associatifs. Cette conception de contrôle est soutenue par de nouveaux acteurs clés du champ, issus eux-mêmes des transformations des rapports de pouvoir interne aux opérateurs associatifs (la prise de pouvoir des dirigeants salariés, professionnels de la gestion, sur les dirigeants bénévoles) et des transformations des modes d’intervention des autorités publiques (instruments de contrôle à distance mobilisés par les représentants des autorités publiques) ; 
  • ces nouvelles formes de luttes économiques ont des effets de stabilisation des rapports de pouvoir dans le champ, autrement dit des positions acquises au cours de la première phase de structuration du champ.
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