Retraite des personnes déficientes intellectuelles

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Le processus et l’expérience du vieillissement des personnes déficientes intellectuelles sont interrogés à travers le passage à la retraite des travailleurs handicapés exerçant en milieu protégé.

Auteurs :
Vincent Caradec, Muriel Delporte

L’objectif de cette recherche est de saisir la diversité des expériences de la retraite de ces personnes dans leur organisation du quotidien, mais aussi dans leur façon d’envisager cette nouvelle période de leur existence. Ces expériences sont placées au regard du contexte de vie (lieu de vie et accompagnement familial et professionnel) et de la trajectoire de cessation d’activité. Les supports collectifs et relationnels de la réorganisation du quotidien (activités, relations amicales et amoureuses) sont aussi analysés.

L’analyse préalable du contexte politique et institutionnel montre que l’émergence d’un nouveau public « hybride », les « personnes handicapées vieillissantes », met à mal la catégorisation du secteur médico-social. Ainsi, à l’échelle locale, les secteurs « personnes âgées » et « personnes âgées » sont de plus en plus décloisonnés. La question de l’orientation à la retraite et de l’accompagnement des personnes déficientes intellectuelles, surreprésentées dans les établissements, est un enjeu majeur dans le champ des politiques sociales.

L’analyse d’une soixantaine d’entretiens individuels est riche en résultats, partiellement évoqués ici. Les trajectoires de cessation d’activité, marquées par une grande diversité, s’inscrivent dans les parcours de vie antérieurs (vie institutionnelle collective ou non, diversité des établissements). Les personnes quittant un foyer d’hébergement pour travailleurs handicapés changent aussi de lieu de vie : cette double rupture peut néanmoins être atténuée par des dispositifs comme l’accueil de travailleurs et de personnes retraitées dans une même structure ou un même quartier. Toutefois, les personnes retraitées déplorent majoritairement une rupture de leurs relations amicales : les établissements de travail sont des lieux de sociabilité forte, et cette sociabilité n’est pas maintenue après le passage à la retraite.

Les personnes sont accompagnées dans un double processus de désocialisation professionnelle (travailler à temps partiel, commencer des activités de loisirs) et de socialisation à la retraite (nouvelles activités). Ce processus peut être bloqué si les dispositifs ne font pas sens et provoquent un sentiment de dévalorisation. Enfin, une typologie des expériences de retraite est esquissée : la retraite « découverte », la retraite « continuité » et la retraite « perte ».

Au total, une forte similarité avec la population générale apparaît : identification forte au statut de « retraité », valorisation de la retraite comme temps de repos et opportunité de s’engager dans des activités nouvelles, souci de se distinguer de la catégorie des « vieux ». Le statut de « retraité » et la reconnaissance de soi comme vieillissant permet aussi à certaines personnes de se démarquer de la population des « handicapés ». L’hypothèse d’une scansion particulière des âges de la vie pour les personnes handicapées est posée : la sortie des dispositifs pour « enfants » vers le secteur « adultes » se fait à l’âge de 20 ans et non à celui de 18 ans, l’entrée dans les dispositifs dédiés aux « personnes handicapées vieillissantes » peut se faire dès l’âge de 45 ans, et l’entrée dans la vieillesse peut être avancée par l’accueil avant 60 ans dans des structures pour « personnes âgées ».

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