La perte d’autonomie est-elle une barrière dans l’accès aux soins dentaires ?

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Des analyses économétriques sur les données de l’enquête nationale Handicap-Santé 2008 révèlent les déterminants individuels et contextuels de l’accès aux soins dentaires pour les séniors, parfois dépendants, vivant à domicile ou en institution.

Auteurs :
Bruno Ventelou

Les données des volets « ménages » (HSM) et « institution » (HSI) de l’enquête Handicap-Santé ont été explorées. Les facteurs influençant l’accès aux soins bucco-dentaires chez les personnes de plus de 60 ans qui en ressortent sont le revenu, la densité des praticiens et la vie en institution.

Pour les personnes vivant à domicile (HSM), des modèles logistiques multiniveaux montrent que le recours au chirurgien dentiste baisse avec des revenus d’une part, avec la densité de praticiens dans département d’autre part. Il existe une interaction entre les deux facteurs : plus la densité de praticiens est forte, moins l’effet négatif du revenu est important. Ainsi, les barrières économiques pourraient être compensées par une répartition plus équitable des praticiens sur l’ensemble du territoire. Il a été vérifié que le supplément de consultations dû à la plus grande densité de praticiens n’est pas induit par ceux-ci dans leur seul propre intérêt ; elle s’accompagne bien de l’amélioration de l’état de santé bucco-dentaire des seniors.

Dans la mesure où les patients sont obligés de se déplacer pour les soins dentaires, les limitations fonctionnelles freinent sans surprise le recours au dentiste (résultat obtenu grâce à une technique dite de ‘model averaging’). Cependant, l’impact des difficultés cognitives est quantitativement plus marqué que celui des limitations de mobilité.

Enfin, le croisement des données HSM et HSI (avec appariement des individus par ‘propensy score matching’) fait apparaître de lourdes différences d’accès aux soins dentaires selon le lieu de vie. Il serait réduit de 25 % en institution par rapport à la vie à domicile. L’impact est le plus fort dans les établissements publics et privés à but lucratif. Les établissements privés à but non lucratif semblent se rapprocher des conditions d’accès aux soins dentaires à domicile.

Il devient donc nécessaire de développer des programmes bucco-dentaires efficaces pour les personnes âgées institutionnalisées. Cela passe sans doute par une meilleure formation des soignants, la revalorisation de la santé orale et l’organisation de réseaux de soins adaptés ou l'intégration de chirurgiens dentistes aux réseaux gérontologiques existants.

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