Évaluer l’employabilité de personnes schizophrènes

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L’évaluation de l’employabilité des personnes schizophrènes doit tenir compte de leurs habiletés cognitives, mais aussi des facteurs motivationnels et environnementaux. Il ne peut s’agir que d’une approche globale.

Auteurs :
Alain Leplège
Porteurs de projet :
Alain Leplège

Le concept de « Real-World Functioning » (RWF), qu’on peut traduire par « fonctionnement dans un environnement réel », est progressivement apparu dans la littérature internationale relative à l’insertion professionnelle des personnes schizophrènes. L’objectif de ce projet de recherche était de réfléchir à la pertinence de ce nouveau concept, d’en faire une analyse critique avant de s’engager dans des actions opérationnelles d’évaluation de l’employabilité des sujets schizophrènes. Concrètement, le travail a consisté à réaliser une revue détaillée de la littérature, à organiser un colloque scientifique rassemblant plusieurs experts internationaux et à réaliser une première étude empirique auprès d’un certain nombre d’établissements de la région parisienne. De ces travaux, il ressort que l’expression « Real-World Functioning » désigne « ce que la personne fait réellement » par opposition à « ce que la personne peut faire » dans des conditions optimales. En effet, la performance de la personne schizophrène est influencée par ses habiletés cognitives, mais aussi par une variété de facteurs motivationnels et environnementaux, ce qui rend très difficile l’évaluation a priori de ses capacités dans les tâches de la vie quotidienne, dans son fonctionnement social et dans son insertion professionnelle. La revue de littérature n’a pas permis d’identifier une méthodologie pleinement convaincante d’évaluation de l’employabilité : les chercheurs ont donc retenu les six outils d’évaluation les plus souvent cités. L’analyse de la littérature a révélé une autre notion, celle de « rétablissement » (« recovery »). C’est désormais à l’individu de définir ses objectifs et de trouver la voie singulière de son rétablissement. Il doit être reconnu comme personne capable d’autodétermination et en situation d’exercer ses choix. Cette notion nouvelle de rétablissement a eu des répercussions sur les pratiques tant du point de vue épistémologique qu’éthique puisqu’on ne vise plus la guérison des patients, mais leur capacité à se rétablir dans la vie sociale. L’étude empirique réalisée auprès de professionnels de l’insertion sur la base d’entretiens a révélé l’extrême diversité des situations et a fait ressortir les facteurs importants à prendre en compte : maintien des soins et régularité du suivi, définition d’un projet professionnel précis, motivation, préparation du projet, information en amont des entreprises, préparation du collectif de travail, adaptation des postes, dispositif spécialisé de soutien, évaluation régulière… Cette diversité des facteurs confirme la nécessité d’une approche globale dans l’élaboration de meilleures stratégies pour l’insertion des personnes schizophrènes dans le « monde réel » du travail.

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