Emploi des sourds en milieu ordinaire

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La problématique de l’emploi des sourds se joue dans l’organisation des modalités de communication ordinaire au travail : c’est ce que montre cette recherche qui se place du point de vue des pratiques et des expériences vécues par les acteurs.

Auteurs :
Serge Volkoff, Sylvain Kerbourc'h, Sophie Dalle-Nazébi

La recherche a pour objectif de comprendre les effets sur le travail et sur les conditions de travail de professionnels sourds « d’aménagements » spécifiques et de changements plus globaux de l’environnement professionnel. Les résultats éclairent l’enjeu de sécurisation des capacités et des parcours professionnels des sourds. Ils se déclinent autour de trois volets.

1. La population étudiée statistiquement (enquêtes de l’INSEE HID 1999 et HSM 2008) est composée de personnes dont la majorité est devenue sourde ou malentendante au cours de son parcours professionnel. Selon l’enquête HSM, leur position vis-à-vis de l’emploi est marquée par une certaine dichotomie : peu diplômés, plus âgés que les autres salariés, ils travaillent pour la majorité d’entre eux (60 %), mais quand ils ne travaillent pas, ils sont plutôt en inactivité (31 %) qu’au chômage (6-7 %).

2. Cette recherche montre que l’application de la loi du 11 février 2005 est peu effective au regard des besoins des professionnels sourds. L’enquête qualitative (deux groupes d’intervention sociologique et une centaine d’entretiens auprès de sourds, locuteurs de LSF, de RH et de DRH, de médecins du travail, de la mission handicap, de collègues et de managers...) met en évidence que la diversité d’application de cette loi s’explique par des degrés d’imbrication variables de cette politique dans l’organisation de l’entreprise : très souvent, la couverture des besoins d’aménagement du poste ou du travail dépend de la position et de la personnalité du personnel ressource dédié à cette question et nécessite de la part des salariés eux-mêmes une négociation continue et répétée de leurs moyens de travail. Ces aménagements sont aussi le résultat d’arrangements pris dans les collectifs de travail et qui échappent à des logiques organisationnelles.

3. L’analyse des conditions de travail et des environnements professionnels met aussi en évidence qu’en dépit de l’expression d’une satisfaction globale quant à leur situation professionnelle, les sourds pointent des situations discriminatoires du fait de facteurs organisationnels qui les maintiennent en position d’exécutants. Ils sont notamment très souvent écartés des espaces d’information, de coordination et de décision. Ces salariés développent alors des stratégies professionnelles pour se protéger des effets du travail sur leur santé, assurer leur qualité de vie ou améliorer leurs conditions de travail. C’est en liant ajustements locaux et collectifs de travail qu’ils modifient leur rapport au travail.

La recherche dégage deux orientations d’actions pour rendre plus efficients les principes d’égalité de traitement et de non-discrimination :

  • les conditions de travail communes à tous les salariés : garantir l’accès aux informations sur la vie de l’entreprise ainsi que sur leur activité et sur celle des équipes est gage d’efficacité et de participation pour les salariés sourds. Cette dimension informationnelle fait partie des moyens de travail et est un préalable à la reconnaissance de la place des salariés au sein de l’entreprise ;
  • la transformation des organisations de travail : diminuer les discriminations et les limites imposées aux professionnels sourds passe par la prise en compte des enjeux communicationnels de toute activité et de l’importance du langage pour et dans le travail. Cela suppose une gestion de la diversité des pratiques de communication au travail.
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