Quand la folie croise l’indigénat : une histoire coloniale du droit

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AMIAF est un projet ANR coordonné par Silvia Falconieri, chargée de recherche CNRS à l’Institut des mondes africains (IMAF), démarré en décembre 2018 pour 36 mois, financé à hauteur de 235 067 €. Il mène une enquête d’histoire juridique sur la construction administrative et judiciaire du statut d’« aliéné mental indigène » dans les territoires africains colonisés par la France. Le projet a produit une bibliothèque numérique, une exposition virtuelle sur Criminocorpus, des ouvrages et plusieurs colloques, avec des partenariats incluant le CERDAP² (Université Grenoble Alpes).

Auteurs :
Silvia Falconieri, Timothy Collier, Isabelle Thiebau, Alain Zasadzinski
Porteurs de projet :
Silvia Falconieri

Le projet de recherche AMIAF se propose de réaliser une enquête historico-juridique ayant pour objet les discours et les pratiques juridico-administratifs qui président à la construction et au fonctionnement du statut de l’« aliéné indigène » dans les territoires africains colonisés par la France, entre les deux dernières décennies du XIXe siècle et 1960.

Dans le discours du droit colonial, l'altérité constitutive de l’« indigène » – fondée sur des considérations ethniques et justifiant le clivage entre le « citoyen français » et le « sujet français » – se double d'une différence supplémentaire qui touche à la sphère de la pathologie mentale. Cette étude se propose d'interroger les enjeux (politiques, économiques et sociaux) et les effets découlant de la double discrimination de statut, produite à l'intersection des catégories d’« indigène » et d'« aliéné », tout au long de la colonisation française en Afrique.

À cette fin, cette recherche se compose de deux volets.

Le premier vise à détecter les éléments qui permettent aux juges et aux administrateurs de classer les individus, originaires du continent africain, parmi « aliénés ». Il s'agira d'étayer l'hypothèse suivant laquelle, en situation coloniale, les éléments dont les juristes et les administrateurs s'emparent pour classer l'indigène comme aliéné émanent essentiellement de l'observation du corps et des réponses comportementales des individus.

Le deuxième veut interroger l'usage de savoirs extra-juridiques utilisés dans les discours et dans les pratiques juridico-administratives pour cerner l’« esprit indigène » et pour opérer une distinction entre le « normal » et le « pathologique ».

En faisant attention aux changements intervenus aux différents moments de la présence française en Afrique, ainsi qu'aux spécificités des différents territoires africains colonisés, il sera question de faire ressortir les enjeux du choix des acteurs institutionnels de mobiliser certaines connaissances sur le psychisme et d'en écarter d'autres. En raison de la nature même de l'objet d'étude, la méthode historico-juridique, dont cette recherche s'inspire essentiellement, croisera impérativement les approches méthodologiques et les questionnements épistémologiques propres à d'autres disciplines (parmi lesquelles l'anthropologie, psychologie et l'histoire des sciences figurent au premier chef).

Dans la même perspective, outre à la mobilisation des sources juridiques et administratives, la réalisation de ce projet nécessitera de faire attention aux sources relatives à la médecine, à la psychiatrie et à la psychologie coloniales, à l'anthropologie, à l'ethnologie. En reconstruisant un pan, aussi crucial que négligé, des modes opératoires de la justice et de l'administration coloniales face aux troubles mentaux, ce travail souhaite combler un vide historiographique, impulser au sein du laboratoire d'accueil un secteur d'études novateur à vocation pluridisciplinaire et propulser une nouvelle équipe, dynamique et hétérogène, composée par des spécialistes de différentes disciplines. Évoquant des questions d'une actualité brûlante, le projet AMIAF se propose, en outre, de fournir une perspective historique essentielle à la compréhension des processus contemporains d'assignations identitaires et de discrimination, fondés sur des considérations relatives à l'ethnie, à la race, à l'origine, à l'état de santé. De ce fait, la plupart des produits finaux de cette recherche – carnet de recherche AMIAF, bibliothèque numérique, exposition virtuelle sur l'enfermement asilaire en Afrique, colloque, journées d'études, ouvrage – s'adressent à un public hétérogène, comprenant à la fois les chercheurs, les acteurs politiques, les juristes, les professionnels de la santé mentale travaillant avec les populations issues de l'immigration, les étudiants, le grand public.

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