MAIA

Publié le : 12 février 2015-Mis à jour le : 04 novembre 2016

Depuis 2008, la CNSA est chargée de la mise en œuvre de MAIA, une méthode conçue pour améliorer l’accompagnement des personnes âgées de 60 ans et plus. Actuellement, plus de 6 communes sur 10 sont couvertes par 302 dispositifs. 50 autres seront déployés en 2016.

MAIA, c’est quoi ?

MAIA signifie méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie.
MAIA est une méthode qui associe tous les acteurs engagés dans l’accompagnement des personnes âgées de 60 ans et plus en perte d’autonomie et de leurs aidants grâce à une démarche novatrice : l’intégration des services d’aide et de soins. L’intégration fait l’objet d’une préoccupation internationale depuis les années 1990 et fait partie des politiques publiques en France depuis 2008.
L’intégration va plus loin que la coopération, qui repose seulement sur un principe de coordination. L’intégration conduit tous les acteurs à coconstruire leurs moyens d’action, leurs outils collaboratifs, et in fine à partager les actions elles-mêmes et la responsabilité de leur conduite. Cette approche permet d’apporter une réponse décloisonnée, harmonisée, complète et adaptée aux besoins de la personne âgée (accueil, information, orientation et mise en place de soins, d’aides ou de prestations), quelle que soit la structure à laquelle elle s’adresse.

Les 6 composantes de MAIA

3 mécanismes interdépendants :

  • La concertation, qui permet de décloisonner les différents secteurs et de construire un projet commun entre tous les acteurs, décideurs, financeurs et responsables des services d’aide et de soins.
  • Le guichet intégré. Il s’agit de fournir, à tout endroit du territoire, une réponse harmonisée et adaptée aux besoins des usagers, en les orientant vers les ressources adéquates par l’intégration de l’ensemble des guichets d’accueil et d’orientation du territoire. Cette organisation est notamment permise par la démarche de concertation.
  • La gestion de cas. Pour les personnes âgées en situation complexe, un suivi intensif au long cours (y compris pendant les périodes d’hospitalisation) est mis en œuvre par un gestionnaire de cas (c’est là une nouvelle compétence professionnelle). Il est l’interlocuteur direct de la personne, du médecin traitant, des professionnels intervenant à domicile et devient le référent des situations complexes. Ce faisant, il contribue à améliorer l’organisation du système de prise en charge en identifiant les éventuels dysfonctionnements observés sur le territoire. Pour chaque dispositif MAIA, 2 à 3 gestionnaires de cas sont recrutés.

3 outils qui permettent d’observer l’écart entre la demande de la personne âgée et les ressources existantes, et de s’assurer que l’ensemble des besoins est couvert :

  • Le formulaire d’analyse multidimensionnelle (utilisé par les professionnels des guichets intégrés) et l’outil d’évaluation multidimensionnelle – le ResidentAssessment Instrument-Home Care (RAI-HC) (utilisé par les gestionnaires de cas).
  • Le plan de service individualisé (PSI). C’est un outil de gestion de cas servant à définir, à planifier et à suivre de manière cohérente et continue l’ensemble des interventions assurées auprès d'une personne âgée en situation complexe.
  • Le système d’informations partageables entre les professionnels du territoire dans un objectif de continuité des parcours de vie des personnes.

Ce mode opératoire garantit :

  • La concertation décisionnelle des acteurs sur deux plans :
    • stratégique : espace collaboratif et décisionnel entre décideurs et financeurs des politiques gérontologiques (ARS, conseils départementaux, CARSAT, RSI, MSA, CPAM et autres) ;
    • tactique : espace collaboratif et décisionnel entre les opérateurs responsables des services d’aide et de soins qui concourent au soutien à domicile de la population âgée.
  • Le pilotage du déploiement de la méthode par un professionnel dédié : le pilote MAIA. Il est chargé de veiller à la mise en cohérence des interventions par l’engagement de chacun des acteurs dans ce projet de territoire.
  • Une réponse populationnelle, intersectorielle, harmonisée, complète et adaptée aux besoins de la personne (accueil, information, orientation, mise en place de soins, de services ou de prestations) quelle que soit la structure à laquelle elle s’adresse : on dit alors des guichets qu’ils sont « intégrés ».
  • La prise en charge des situations complexes par un professionnel formé et dédié : le gestionnaire de cas.
  • L’utilisation d’outils communs de partage de l’information et de pilotage de l’action (formulaire d’analyse multidimensionnelle et de liaison, outil d’évaluation multidimensionnelle standardisé des besoins de la personne et plan de service individualisé).

Les objectifs de MAIA

MAIA apporte une réponse novatrice, de par sa globalité et son efficacité, aux défis croissants de l’accompagnement des personnes âgées de 60 ans et plus en perte d’autonomie, et de leurs aidants.
La méthode MAIA œuvre :

  • à la lisibilité du système d’aide et de soins ;
  • à la simplification et à l’optimisation du parcours des personnes âgées ;
  • au soutien à domicile des publics concernés, aussi longtemps que possible et dans les meilleures conditions.

Cette réponse a pour premiers enjeux et principes :

  • de mobiliser sur un territoire donné l’ensemble des acteurs dans toute leur diversité en capitalisant sur leur richesse, en prenant en compte l’ensemble des ressources au plus près des besoins du territoire ;
  • de corriger les dysfonctionnements générés inévitablement par la diversité des acteurs et de leur gouvernance, des financements, des pratiques professionnelles et des organisations. En effet, dans un schéma classique de simple coopération, chaque acteur conserve ses propres outils et son propre champ de responsabilités. À grande échelle, ce fonctionnement fragmente la prise en charge et altère la performance du système : manque de lisibilité, discontinuité du service rendu, réponses redondantes ou inappropriées, retards dans les traitements, complexification des parcours de prise en charge et opacité des procédures.

La méthode MAIA conduit à transformer en profondeur l’organisation des services d’aide et de soins par la mise en œuvre d’un processus d’intégration.

La mise en place d’un dispositif MAIA

Chaque année, l’ARS lance un appel à candidatures (avec l’appui technique et méthodologique de la CNSA et en coopération avec le conseil départemental) pour mettre en place la méthode MAIA sur un ou plusieurs nouveaux territoires infradépartementaux. Elle sélectionne le « porteur » de projet chargé de son déploiement. Ce porteur n’est pas une institution prédéfinie, mais il s’agit nécessairement d’une structure ou d’un organisme à but non lucratif, légitime sur le territoire par sa capacité à mobiliser les acteurs locaux. Il peut s’agir des services du conseil départemental, d’un centre local d’information et de coordination (CLIC), d’un réseau de santé, d’un établissement public de santé...

L’ARS, en lien avec le conseil départemental, formalise la création d’un dispositif MAIA à travers la signature d’une convention avec le porteur. Celle-ci définit le territoire couvert, les  financements, les modalités d’octroi et de versement des crédits et assure la mise en œuvre effective de la méthode MAIA.

Le porteur recrute ensuite, en lien avec l’ARS, le « pilote » MAIA. Véritable chef d’orchestre et animateur du projet, cette personne, dédiée à temps plein à cette mission, a plusieurs rôles clés. Le pilote est le garant de la mise en œuvre de la méthode MAIA au niveau local :

  • Il établit un diagnostic organisationnel approfondi d’identification des ressources, de connaissance des acteurs et des interventions du territoire. Ce diagnostic est un préalable à l’intégration des services d’aide et de soins.
  • Il impulse l’intégration des guichets d’accueil et d’orientation en associant tous les opérateurs identifiés.
  • Il organise et anime les instances de concertation tactique et stratégique en lien avec l’ARS et le conseil départemental.
  • Il est la courroie de transmission entre les différents mécanismes de l’intégration (instances de concertation, guichet intégré et gestion de cas).

Les pilotes sont invités à suivre une formation peu après leur prise de poste. Objectif : s’approprier les missions, les méthodes et les outils qui leur sont confiés dans le projet MAIA. Durant cinq jours, ils se familiarisent avec le concept de l’intégration, ses outils (outil d’évaluation, plan de service individualisé et système d’information partagé) et mécanismes (la concertation, le guichet intègré et la gestion de cas). La formation élaborée initialement par l’équipe projet nationale de la CNSA est désormais dispensée par l’École des hautes études en santé publique (EHESP) qui a créé un diplôme d’établissement « Pilotage territorial » comprenant notamment un module d’analyse des pratiques. Depuis 2011, 545 pilotes, porteurs et référents des projets MAIA des agences régionales de santé ont été formés.
Les gestionnaires de cas, eux, doivent suivre un cursus pour obtenir un diplôme interuniversitaire « gestion de cas » dispensé par les universités de Lille, Paris, Rennes, Nantes, Bordeaux, Marseille, Lyon, Martinique et Reims.

MAIA, une réalité

MAIA est désormais une réalité, les dispositifs se déploient sur l’ensemble du territoire national depuis 2011 :

  • Depuis les premières expérimentations conduites en 2009 dans le cadre du 3e plan Alzheimer et la généralisation en 2011, 302 dispositifs MAIA sont en fonctionnement (décembre 2015), soit plus de 6 communes sur 10 couvertes. Et le déploiement se poursuit à un rythme régulier.
  • Fin 2015, 35 % des dispositifs MAIA (soit 110 dispositifs) sont portés par des conseils départementaux, 20 % par des acteurs de la coordination (CLIC, réseaux de santé), 12 % par des établissements de santé.
  • En 2015, 50 nouveaux nouveaux dispositifs ont été déployés et 50 supplémentaires le seront en 2016 pour achever le maillage du territoire national.

Ce mode opératoire fait la preuve de son efficacité auprès des personnes âgées et de tous les acteurs qui se sont inscrits dans la démarche :

  • Les conseils départementaux témoignent d’une meilleure gestion des demandes, en matière d’information, d’orientation et de prise en charge.
  • L’intégration concrétise un enjeu d’équité pour les usagers, en leur assurant une prise en charge harmonisée quelle que soit la structure à laquelle ils s’adressent.
  • Une situation est rendue complexe par le refus d’aide et de soins d’une personne avec des difficultés d’accompagnement et de suivi par les professionnels du territoire. Ces difficultés s’avèrent réduites par la mise en place de la gestion de cas. Ainsi, par exemple, sur un territoire MAIA, après un an d’accompagnement en gestion de cas, la proportion de  personnes suivies et refusant d’être aidées est passée de 30 % à 7 %.
  • Le souhait d’un soutien à domicile plus long s’avère aussi conforté.
  • L’intégration de l’ensemble des guichets d’accueil et d’orientation permet de simplifier les parcours des personnes et de réduire sensiblement le nombre de contacts : 1,3 interlocuteur pour trouver des solutions adaptées sur un territoire intégré, contre 3,2 interlocuteurs différents avant le déploiement de l’intégration.

Source : données transmises par les ARS. Editeur de la cartographie : Atlasanté - CNSA

Une évaluation nationale du dispositif MAIA

Une évaluation nationale de cette politique publique a été lancée le 9 décembre 2015. Tout en tenant compte de la diversité des territoires et des contextes institutionnels dans lesquels se déploient les dispositifs, l’évaluation permettra d’identifier les facteurs favorables et défavorables à l’implantation de MAIA. Elle éclairera par ailleurs les effets de la politique MAIA sur le décloisonnement du système et la fluidification du parcours des personnes âgées.

Ce panorama objectif s’inscrit à la fois dans une démarche rétrospective et prospective. Il doit permettre :

  • de fournir des éléments concrets pour faire évoluer le cahier des charges national de la MAIA ;
  • d’identifier des points d’optimisation du fonctionnement et du pilotage de cette politique ;
  • de fournir des pistes pour en élargir le déploiement à d’autres publics cibles que les personnes âgées. 

Deux questions qui guident l’évaluation permettront de construire des groupes homogènes de MAIA en fonction de leurs degrés de conformité et d’efficacité :

  • Dans quelle mesure les dispositifs sont-ils conformes au cahier des charges national MAIA ?
  • Dans quelle mesure cette conformité produit de l’efficacité sur la mise en œuvre des mécanismes et quels en sont les leviers ? 

La première étape de l’évaluation consistait en une analyse des rapports d’activité 2014 de 215 MAIA déployées entre 2008 et 2014 et en un questionnaire en ligne soumis à l’ensemble des pilotes. 88 % d’entre eux y ont répondu. La seconde étape menée entre avril et juin 2016 visait à identifier les conditions de pilotage et les stratégies de gouvernance favorables à MAIA.

Premières tendances

Les premières étapes de l’évaluation font apparaître des facteurs favorables à l’intégration des services d’aide et de soins portée par MAIA : l’approche transversale et populationnelle, l’alliance institutionnelle (agence régionale de santé/conseil départemental), le positionnement « supra » de MAIA comme méthode d’organisation du continuum de soins et de services nécessaires au parcours des personnes âgées, l’appui sur le territoire de la filière de soins gériatriques.
La nature juridique du porteur ne s’avère pas être un élément favorable ou défavorable à MAIA, contrairement au positionnement du porteur qui peut l’être.

Les mécanismes MAIA en sont au stade de leur déploiement :

  • la concertation stratégique connait un mouvement de départementalisation (54% des instances) en raison de l’augmentation du nombre de dispositifs MAIA. La question de son articulation avec la conférence des financeurs est aujourd’hui posée ;
  • le guichet intégré figure comme mécanisme « au milieu du gué », mais indispensable à l’évolution des pratiques collectives ;
  • la gestion de cas est un vecteur de l’intégration, au niveau clinique et de l’organisation entre acteurs, à la condition qu’elle soit envisagée comme telle.

L’élaboration de la typologie MAIA met en évidence le guichet intégré comme le mécanisme central de l’intégration et conditionnant l’efficacité de la méthode, quel que soit le niveau de déploiement de MAIA.

Les acteurs interrogés, à ce stade de l’évaluation, notent également la nécessité d’une meilleure cohérence au niveau national entre les différentes actions de politiques publiques en faveur des personnes âgées (PAERPA, plateformes territoriales d’appui, filières de soins). L’organisation de la transversalité dans le pilotage par l’agence régionale de santé est repérée comme facteur favorable à MAIA en particulier dans ses articulations avec les autres dispositifs.  Dans le cas inverse, le risque d’un manque de lisibilité des actions au niveau local, de logiques de concurrence et de superpositions sur les territoires est observé.

Prochaine étape : l’élaboration de cinq monographies

La cinquième et dernière étape de l’évaluation consiste à observer en détail le fonctionnement  de cinq territoires d’ici le mois d’octobre 2016

Le choix des terrains monographiques s’appuie sur une représentativité d’un niveau de déploiement du guichet intégré, de différents types de porteurs, de caractéristiques socio-démographiques, d’expérimentation d’autres actions de politique publique en faveur des personnes âgées. C’est ainsi que les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées ont été retenues.
 
Deux questions guideront les monographies :

  • la méthode d’intégration change-t-elle quelque chose pour les personnes ?
  • la méthode d’intégration change-t-elle quelque chose pour les professionnels ?

Le rapport d’évaluation final sera remis pour avis au Comité de pilotage le 15 novembre 2016.

 

Cadre légal :

Cadre réglementaire :

A télécharger

Cahier des charges national MAIA paru au Bulletin officiel du 15 novembre 2011 ( PDF, 149.65 Ko )

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La lettre de la Fondation Médéric Alzheimer sur les gestionnaires de cas
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