Analyse historique des transformations de l’aide familiale

Publié le : 01 avril 2012-Mis à jour le : 21 août 2019

Trois questions sont abordées : la réévaluation de l’importance et des modalités de l’aide familiale en France au cours de cette période pour comprendre les raisons de l’invisibilité de l’aide familiale, en particulier auprès des personnes âgées, jusqu’au début des années 70 ; les convergences et divergences des évolutions de la place des aidants familiaux dans les politiques sociales selon les catégories de populations aidées ; l’importance et le rôle des expériences départementales ou locales durant un demi-siècle en faveur tant de l’aide familiale et des familles que d’un renforcement du maintien au domicile.

Pour reconstituer le processus de transformation de l’aide familiale, les données collectées ont été fondées sur des dépouillements d’archives et sur des entretiens avec des responsables associatifs et des parents d’enfants handicapés. La recherche met en avant quatre résultats principaux :

  • durant la seconde moitié du vingtième siècle, alors que le soutien familial demeure important, il se transforme et perd de sa visibilité. La part du soutien externe en termes d’aide-ménagère, de soins ou d’accompagnement relationnel s’accroît alors que l’aide familiale en nature ou en espèce décline en relation avec le développement des prestations de protection sociale. Le degré d’implication de l’entourage est conditionné aux liens affectifs avec la personne aidée. Mais cette aide est peu visible pour plusieurs raisons. Elle est apportée en nature (ménage, repas, services,…) principalement par des femmes. Elle s’exerce parfois à distance et non plus dans le cadre d’une cohabitation intergénérationnelle. Enfin, dans les situations de handicap mental, elle est plus difficile à circonscrire ;
  • ces travaux montrent que les familles sont de plus en plus sollicitées, mais de manière différenciée, par les politiques familiales et médicales. Ainsi, les politiques de désinstitutionnalisation menées dans les champs de la vieillesse et de la maladie mentale font que le maintien à domicile devient la norme, ce qui induit une sollicitation de l’entourage, surtout à partir des années 70 ;
  • les associations ont eu un rôle déterminant pour sortir de leur isolement les familles des malades ou des personnes handicapées en menant un travail de plaidoyer (enquête, lobbying auprès des pouvoirs publics). Ce n’est pas le cas pour les familles des personnes âgées, tant pour des raisons inhérentes aux cadres politiques séparés qu’à des différences de représentation des rôles sociaux ;
  • l’aide familiale est finalement reconnue comme un facteur d’efficacité des politiques de maintien au domicile, de traitement ambulatoire et d’insertion sociale notamment dans le cadre d’expériences locales qui permettent une combinaison fructueuse entre aide familiale et aide professionnelle.

Pour plus d’information sur ce projet

  • Livre inspiré de ce projet : Que faire de nos vieux ? Une histoire de la protection sociale de 1880 à nos jours, Presses de Sciences Po, 2018.
  • « L’abandon des personnes âgées par leurs proches : déconstruction d’un mythe (France, 1945 à nos jours) », in JOLY D. (dir.) Penser les vieillesses, éditions Académia, 2018.
  • « Le traitement de la vieillesse vulnérable dans la France du second vingtième siècle. Poids des représentations et paradoxes des politiques publiques », in BRODIEZ A. (dir.) et al. Un siècle de santé sociale : formes et traitements des vulnérabilités (1880-2010), PUR, 2014, p. 205-221.
  • « Faire l’histoire de la dépendance contemporaine. Le cas des solidarités familiales en France dans la seconde moitié du vingtième siècle », in BRODIEZ A., DUMONS B. (dir.) La protection sociale en Europe au vingtième siècle, PUR, 2014, p. 147-164.

À propos des laboratoires

Fondé en 1949 par Fernand Braudel, le CHS, Centre de recherches historiques (nouvelle fenêtre) est un laboratoire de l’EHESS et du CNRS (UMR 8558).

Le LARHA, laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (nouvelle fenêtre) est spécialisé en histoire moderne et contemporaine. Il se donne pour objet l’élaboration d’une histoire sociale centrée sur les acteurs, qui prenne en compte toutes les dimensions du social, des mécanismes du marché aux représentations.

Thèmes de recherche de Christophe Capuano (nouvelle fenêtre) : protection sociale, État-providence, dépendance, vieillesse, solidarités familiales, action publique, politique familiale, associations, régime de Vichy.

Contact

Christophe Capuano
Université Louis Lumière Lyon 2 – Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes
Courriel : christophe.capuano@univ-lyon2.fr

Référence du projet n° 052
Appel à projets 2009 – Handicap et perte d’autonomie (DREES-Ministère des Affaires sociales et de la Santé)
Titre : Aux origines des « aidants familiaux ». Les transformations de l’aide familiale aux personnes malades, handicapées et âgées dépendantes en France du milieu des années 1940 à la fin des années 1980 (P. Bourdelais – C. Capuano)

Documents à télécharger

Fiche de résultat de recherche : Analyse historique des transformations de l’aide familiale ( PDF, 210.78 Ko )
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