« Nous adhérons tous à l’idée de proposer une réponse personnalisée à l’usager »

Publié le : 20 mars 2017-Mis à jour le : 23 mars 2017

Échange avec Nadia Taïr-Mebarki coordonnatrice des équipes pluridisciplinaires de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Drôme depuis 6 ans.

En quoi consiste votre fonction ?

Pour la CNSA, je suis coordonnatrice des équipes pluridisciplinaires de la MDPH. Ce même métier peut revêtir, au sein des MDPH, différentes activités ou champs d’intervention. À la MDPH de la Drôme, je suis cheffe du service « évaluation ». C’est le service qui évalue l’ensemble des situations de handicap de la Drôme. En 2016, nous avons reçu environ 40 000 demandes, un chiffre en permanente augmentation.

Ma fonction correspond à celle d’un cadre classique appliquée à l’écosystème de la MDPH. Ainsi, je coordonne l’activité quotidienne du service, gère le fonctionnement et les relations entre les différentes équipes pluridisciplinaires et avec les partenaires, évalue l’activité (contenir les délais de traitement en assurant une qualité de service), adapte les ressources humaines.

Qu’est-ce qu’une équipe pluridisciplinaire ?

L’équipe pluridisciplinaire évalue les besoins de compensation de la personne handicapée en tenant compte des souhaits de la personne handicapée, formalisés dans son projet de vie. Elle détermine un taux d’incapacité permanente et propose un plan personnalisé de compensation du handicap. Elle établit des préconisations à destination de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH).
Le plan personnalisé de compensation peut comporter, selon les situations, un volet consacré à l'emploi et à la formation professionnelle ou un projet personnalisé de scolarisation. Cela explique la constitution d’équipes pluridisciplinaires spécialisées.
Le service compte 27 professionnels qui exercent dans les différentes équipes pluridisciplinaires : équipe orientation enfant et scolarisation, insertion professionnelle, PCH, orientation en établissement adulte, équipe handicap psychique, équipe dispositif Itep…

Chaque équipe est animée par un professionnel de la MDPH, gestionnaire-référent des situations évaluées. Elle est composée de professionnels aux compétences variées et dimensionnée selon l’objet de l’évaluation. Par exemple, une équipe « orientation en établissement scolaire » sera composée du gestionnaire MDPH (enseignant de métier), d’un enseignant référent de scolarisation (ils sont 14 dans la Drôme et viennent à tour de rôle), d’une assistante sociale (d’un établissement et de la MDPH), d’un professionnel d’établissement (généralement un chef de service d’IME, SESSAD...), d’un médecin, quelquefois d’un pédopsychiatre et d’un psychologue scolaire. Une équipe « PCH adultes » pourra réunir des techniciens du logement et un ergothérapeute dès lors qu’elle évalue des demandes d’adaptation de logements. On retrouve systématiquement, le professionnel référent qui suit le dossier, puisqu’il le présente en CDAPH, ainsi qu’un des 4 adjoints « personnes handicapées - personnes âgées » du département.

Faire travailler tous ces professionnels ensemble n’est pas toujours simple au départ, mais c’est intéressant et riche. Et je trouve que ces équipes pluridisciplinaires sont un atout considérable pour notre activité. Nous recevons aussi au sein de ces équipes, plus ponctuellement, des professionnels d’établissement médicaux, scolaires, sociaux ou des stagiaires qui souhaitent découvrir le travail en MDPH. Et l’équipe pluridisciplinaire, avec la CDAPH, sont je pense, les lieux les plus significatifs de l’activité.
 
En 2017, nous allons réunir plus de 500 équipes pluridisciplinaires. Le planning est établi pour l’année. Mais pour faire face à la demande, nous prévoyons même d’ajouter des réunions supplémentaires, dites « volantes ».

Comment la CNSA vous accompagne-t-elle dans vos missions ?

Les équipes de la CNSA nous fournissent la matière, les informations que nous devons nous approprier pour les mettre en œuvre au quotidien. C’est par exemple, un point d’actualité sur un projet lors d’une réunion, des guides pratiques, des kits…

Nous bénéficions également d’un soutien juridique, voire parfois scientifique, pour répondre à certaines questions épineuses ou complexes à résoudre.

Enfin, la CNSA a été le catalyseur de la création du réseau des coordonnateurs d’équipes pluridisciplinaires, que nous maintenons par des échanges réguliers par mail, téléphone ou des rencontres plus locales.

Quels sont les enjeux ou projets importants du moment à la MDPH de la Drôme?

En ce moment, le Département de la Drôme projette de créer une maison départementale de l‘autonomie. Or, on le sait, l’évaluation et la réponse aux besoins des personnes sont un sujet compliqué. J’entends donc bien participer à la réflexion. J’ai d’ailleurs quelques idées sur la question puisque j’en ai fait un sujet de mémoire ! (récompensé par le 1er prix Master 2016 par l’Afigese). Il porte sur l’importance de la préparation des différents professionnels dans une institution comme la nôtre au démarrage d’un projet de cette dimension.

Le Département de la Drôme fait également partie des 24 sites pionniers engagés dans la démarche « réponse accompagnée pour tous » depuis fin 2015.

Outre ces projets fédérateurs, la MDPH mène actuellement trois autres chantiers d’envergure.

Nous allons migrer vers une nouvelle version de notre logiciel métier (IODAS web). Évidemment, cela ne modifiera pas le cœur de notre mission d’évaluation des besoins des personnes, en revanche, cela pourra impacter la façon de la conduire. Certains professionnels de l’équipe représentent donc l’activité « évaluation » dans le projet.

Par ailleurs, la MDPH doit s’adapter, voire se réorganiser pour faire face à l’augmentation des demandes des usagers, sans allonger les délais de traitement ni dégrader la qualité de service. Il faut innover pour trouver des solutions à moyens constants.

Et nous avons décidé d’externaliser l’édition et la diffusion des courriers et des notifications adressés aux usagers en confiant cette tâche à l’Imprimerie nationale. Cette action montre aussi que nous ne pouvons plus faire sans le numérique aujourd’hui et qu’il faut aussi rassurer les professionnels pour qu’ils soient moins « craintifs » devant ce nouvel outil et ces nouvelles configurations de travail.

Comment adaptez-vous vos pratiques aux grands projets nationaux tels que la démarche réponse accompagnée pour tous, le SI commun des MDPH… qui nécessitent des réorganisations ?

Effectivement, les MDPH doivent faire face à de nombreux projets nationaux, à une législation et une réglementation qui évoluent sans cesse.

Nous adhérons tous à l’idée de proposer une réponse personnalisée à l’usager, en adéquation avec son parcours de vie. Mais il faut atteindre cet objectif tout en faisant face à des demandes toujours plus nombreuses. Ce n’est donc pas si facile à mettre en œuvre ! Les professionnels ont des habitudes de travail. On leur demande de mettre en pratique d’autres fonctionnements, d’associer de nouveaux partenaires. Cela requiert du temps, un accompagnement, des outils. Cela ne peut pas se faire à marche forcée.

Nous avons déjà commencé à adapter notre organisation pour répondre à certains grands projets nationaux, comme la création de la carte mobilité inclusion (CMI), la démarche « réponse accompagnée pour tous », le « dispositif ITEP ». Avec « réponse accompagnée pour tous », nous avons expérimenté le groupe opérationnel de synthèse et, au sein de ce groupe, défini de nouvelles pratiques avec l’aide d’un cabinet de conseil. Il faut désormais réussir à les intégrer à notre quotidien. Au démarrage de l’expérimentation « dispositif ITEP », nous nous sommes appuyés sur notre expérience. Les liens que nous avions tissés depuis 3 ans avec les services de la protection judiciaire de la jeunesse, de la protection de l’enfance ou le secteur psychiatrique dans le cadre de nos instances « publics jeunes frontières » nous ont permis de gagner du temps et de nous concerter plus efficacement.

Cependant, nous n’avons pas encore pu déployer de ressources (en temps et en personne) pour en démarrer d’autres. Là est la limite entre ce qui nous souhaitons et ce que nous pouvons.

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